• Yann Cabello

Correction d'exposition et Zone system

Formations et cours photo tout public, intervenant professionnel à l'Université d'Auvergne (Licence 2 Arts de la scène, photographie), formateur photographie pour la ville de Clermont-Ferrand et institut privé à Clermont-Ferrand, Aubière, Beaumont, Cournon, Riom, Auvergne. Ma prestation ici.

La correction d'exposition est un réglage qui souffre d’une vulgarisation excessive particulièrement galvaudée sur internet. Pourtant, elle renvoie à un concept fondamental en photographie qui change radicalement la pratique en ce sens qu’il permet de planifier l’exposition avant de faire la moindre photo, ce qui est incontournable dans les situations pour lesquelles on n’a qu’un seul tir, et de comprendre réellement ce que l’on fait.


Rappel

La correction d‘exposition s’utilise uniquement en programme d’exposition semi-automatique, c'est-à-dire, lorsque l’appareil photo ajuste pour vous un ou plusieurs des trois paramètres du triangle d’exposition (ouverture, vitesse, sensibilité ISO) ; programme Av / A, Tv / S, P. Mais aussi Programme M ISO automatique. En effet, en basculant la sensibilité ISO en automatique, on transforme un programme tout manuel en programme semi-automatique puisque l’appareil photo sera en charge d’ajuster pour vous la sensibilité ISO. Autrement dit, seul le programme M tout manuel ne permet pas la correction d’exposition.


La « compréhension » usuelle

On fait une première photo en programme semi-automatique, on regarde son tout petit écran LCD ou son histogramme et on ajuste la correction d’exposition afin de contraindre l’appareil photo à faire plus sombre ou plus clair pour la seconde photo. Plutôt pratique a priori, c’est une approche débutante, sans réelle compréhension et basée sur des éléments d'observation biaisés :


1. l’écran LCD ne peut être témoin de l'exposition, il est trop contrasté, peu fidèle et affiche une image jpg avec un style d’image donné. Autrement dit, il n’affiche pas la réalité RAW et le jpg sera de toute façon différent une fois affiché sur un écran calibré.


2. l’histogramme affiche la répartition des pixels, selon leur intensité lumineuse, du fichier jpg figé dans un style d’image donné. Si vous travaillez en RAW, l’histogramme est un apeuprisme peu fiable. Sauf si l’on sait repérer les tons moyens de la scène photographiée et les caler au centre de l’histogramme. Si l’on travaille en jpg, l’histogramme est un véritable outil.


Cette approche est aussi limpide au niveau de la compréhension qu’elle est grossière, elle pousse à compter sur le post-traitement au lieu de faire ce qu’il faut à la prise de vue. Ce qui n’est pas sans conséquence si l’on souhaite exploiter au mieux le fichier numérique.


La compréhension éclairée

En programme semi-automatique, l’appareil ajuste pour vous un ou plusieurs des trois paramètres du triangle d’exposition pour produire une exposition dite moyenne (calée sur le très fameux gris 18 %) selon votre mode de mesure (matricielle, spot…) Mais que se passe t-il si l’on photographie une scène qui n’est pas « moyenne » ? Un paysage enneigé ? Un chanteur sur fond noir ? L’exposition produite sera tout simplement à l’ouest car la réalité tonale de la scène ne correspondra pas au(x) ajustement(s) proposé(s) automatiquement par l’appareil ; le paysage enneigé sera gris et terne, le chanteur cramé et le fond normalement noir sera gris.


Il faut comprendre que, avant de produire une image, l’appareil photo mesure la lumière (réfléchie). Dans cet article, je ne m’arrêterai pas sur l’albédo et les modes de mesures, ni n’entrerai dans des détails trop poussés.


La première chose à faire donc, est de mesurer la lumière réfléchie, faut-il savoir comment et où.


Comment ?

Le mode de mesure spot est particulièrement adapté à cette tâche ; il nécessite un peu de pratique étant donné que la zone de mesure est petite ; au début, on a vite fait de manquer de précision, les conséquences sont…fâcheuses.


Où ?

C’est tout l’enjeu. Il faut ici aborder le concept de Zone system, une méthode de planification de l’exposition qui nous vient d’Ansel Adams et de Fred Archer. Cette méthode a pour but de faire correspondre la réalité tonale de la scène avec le rendu photographique ; autrement dit, cette méthode permet d’exposer correctement, à coup sûr et en une seule photo. Elle permet également de mesurer les contrastes de la scène, d’anticiper les écarts donc le rendu, avant même de déclencher. C’est la base pour un photographe, on passe de l’essai/erreur à la maîtrise certaine. J’aborde ici une version simplifiée, adaptée au numérique et fonctionnelle :


Le Digital Zone System

Cette méthode « découpe » les valeurs tonales en 10 zones, qui correspondent à 10 stops. Une zone caractérise une valeur tonale. Il va donc falloir dans un premier temps exercer son œil à évaluer les valeurs tonales. « Ouais mais c’est pas facile et tout et tout… » La Photographie est une discipline à part entière, exercer son œil est un postulat pour tout photographe. Regardez votre environnement sous ce jour nouveau et vous serez bien vite capable d’estimer les valeurs, au tiers de stop près.

Digital Zone system
*Nmq = numérique

Les zones grisées dans le tableau ci-dessus (0, 1 et 9) correspondent au besoin du développement argentique, vous pouvez les oublier en numérique. Nous voici donc avec 7 zones, 7 valeurs tonales (Z2 à Z8). En sachant que le noir profond et le blanc absolu ne contiennent aucune information, seules 5 zones possèdent des détails reproductibles (Z3 à Z7), voilà qui encore plus simple.


Maintenant, il s’agit de faire coïncider une zone avec une valeur de correction d’exposition ; chaque zone correspondant à un stop, la concordance est parfaite.

Correction d'exposition
On constate que la zone 5 (gris moyen) correspond à l'étalonnage de la cellule de mesure (correction d'exposition 0).

En pratique

Au moment de prendre une photo, il s’agit de mesurer une zone tonale en mode de mesure spot. Prenons un exemple ; je suis face à un paysage, un beau nuage blanc moutonneux (blanc avec détails, soit une zone 7) chemine dans le ciel, le tableau m’indique que je dois procéder à une correction d’exposition (programme d’exposition semi-automatique) de + 2. Je place rigoureusement mon cercle spot sur le nuage (je zoome si nécessaire pour que le cercle spot ne déborde pas sur le ciel) avec une correction à + 2, je mémorise mon exposition (*), je recadre (et dézoome), je déclenche. Inutile de regarder mon écran ou mon histogramme (sauf au début pour vérifier la précision de la mesure spot), la photo est bien exposée (hors ETTR ou optimisation numérique).


Pour faire court, il faut indiquer à l'appareil photo la zone que vous mesurez (en mesure spot ) avec la bonne valeur de correction d'exposition. Sinon, il produira une exposition moyenne (0) pour toute scène.


Informations complémentaires

A noter que le zone system est évidemment utilisable en programme M (tout manuel), il suffit de gérer les trois paramètres du triangle d'exposition de façon à ce que l'indicateur d'exposition pointe une valeur en adéquation avec la zone mesurée.


Dans l’absolu, une seule mesure ne suffit pas si vous souhaitez évaluer les contrastes de la scène afin de déterminer si toute la scène peut être restituée avec détails. Mais ceci est une autre histoire.

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