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L'optimisation de l'exposition démystifiée

Photo du rédacteur: Yann Cabello
Yann Cabello
il y a 5 jours
9 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

L’optimisation (ETTR ou +1,33 IL) est devenue une approche largement répandue en photographie numérique. Son principe est simple : augmenter l’exposition du fichier RAW autant que possible, sans écrêter les hautes lumières importantes, afin d’enregistrer davantage de lumière.

L’argument repose sur une réalité physique : plus de lumière enregistrée signifie un signal mieux quantifié. Mais une question demeure : ce gain mesurable au niveau du fichier se traduit-il réellement par une amélioration de l’image photographique ?


C’est cette question que j’ai voulu examiner.


1 Le protocole

Avec l'aimable concours de Samuel, j’ai donc mis en place un protocole permettant de comparer une exposition nominale et une exposition optimisée, d’abord au niveau du RAW, puis après normalisation et développement. L’objectif est de distinguer trois choses : ce que gagne le fichier, ce que mesurent les outils, et ce que perçoit réellement le photographe. Autrement dit : un gain physique est-il nécessairement un gain photographique ?



2. Vérifier le bénéfice au niveau du RAW

RawDigger permet de vérifier le bénéfice présumé de l’optimisation : l’exposition optimisée permet-elle réellement au RAW d’utiliser davantage de niveaux distincts pour représenter le signal ?



Conclusion : Le bénéfice technique en matière de quantification est démontré.


Il reste toutefois à déterminer si ce gain de quantification se traduit par un bénéfice photographique perceptible après développement. Autrement dit, si un bénéfice à l’échelle du capteur se traduit dans un flux réel de photographe.


Notes pour la suite

  • les moyennes employées dans la synthèse de chaque observation permettent de dégager une tendance générale, mais peuvent masquer les particularités de certains patches, canaux ou niveaux de correction ; consultez le détail du relevé.

  • Le ΔE76 est obtenu pour chaque relevé à partir des écarts L*, a* et b*, puis moyenné sur l’ensemble des relevés.


3. Comparer les deux fichiers après normalisation

Le fichier optimisé est ramené au même niveau d’exposition que le fichier nominal (non optimisé) sous Adobe Camera Raw, ce qui correspond à une correction de −1,35 IL, puis les deux fichiers sont comparés sous Photoshop (16 bits, espace de couleurs identique à celui d'Adobe Camera Raw).


On pourrait objecter que ramener le fichier optimisé à la luminosité du fichier non optimisé fausse la comparaison en réduisant artificiellement son avantage. Ce n’est pourtant pas le cas : les deux fichiers sont simplement replacés dans une condition de luminosité identique afin de comparer leur comportement. La différence entre eux ne réside pas dans leur luminosité affichée, mais dans la quantité de lumière enregistrée lors de la capture. La correction appliquée au développement modifie l’interprétation tonale du fichier, mais ne modifie pas les données acquises au moment de la prise de vue.



3.1 Lab

Moyenne écart

L 0,44

A 1,22

B 0,89

Les écarts colorimétriques restent faibles dans l’ensemble : le ΔE76 moyen est de 1,78 sur les 18 patches couleur. Les différences sont principalement portées par l’axe a*, avec un écart moyen de 1,22, tandis que les écarts moyens sur L* et b* restent plus faibles, avec respectivement 0,44 et 0,89. Quelques patches présentent toutefois des écarts plus importants, notamment les patches 7 et 13, ce qui montre que la moyenne masque certaines particularités du relevé. Le ΔE76 reste néanmoins, en moyenne, inférieur à l’ordre de grandeur de 2,2 associé, dans certaines conditions, à une différence juste perceptible.


3.2 Moyenne (Mean)

Moyenne écart Mean

RVB 1,29

R 1,37

V 1,56

B 1,09

Les écarts de Mean restent faibles dans l’ensemble, avec une moyenne de 1,29 en RVB, 1,37 en R, 1,56 en V et 1,09 en B. Le fichier optimisé présente globalement un niveau moyen légèrement supérieur, ce qui correspond à des tons très légèrement plus clairs. Cette différence reste faible.


3.3 SdtDev

Moy. écart SdtDev

RVB 0,25

R 0,16

V 0,20

B 0,24

Les écarts de StdDev restent faibles : 0,25 en RVB, 0,16 en R, 0,20 en V et 0,24 en B. Le fichier optimisé présente globalement un StdDev légèrement plus faible, ce qui traduit une dispersion légèrement moindre des valeurs entre les pixels et constitue un indice en faveur d’un bruit légèrement moindre.


4. La latitude de développement

On prête à l’optimisation une meilleure latitude de développement. Ce point a été testé en faisant varier un à un les curseurs selon un incrément pertinent (Adobe Camera Raw), puis en comparant les deux fichiers à l’aide des relevés Lab, Moyenne et StdDev (Photoshop).



4.1 Curseur Exposition + et −


4.1.1 Lab

Moyenne écart Expo +

L 0,38

A 0,69

B 0,69

Moyenne écart Expo -

L 0,56

A 0,94

B 1,06

Les écarts colorimétriques restent faibles dans l’ensemble : le ΔE76 moyen est de 1,27 lorsque l’exposition est augmentée et de 1,70 lorsqu’elle est réduite. Les différences sont donc plus marquées en sous-exposition, tout en restant, en moyenne, sous l’ordre de grandeur de 2,2 associé, dans certaines conditions, à une différence juste perceptible.


4.1.2 Moyenne (Mean)

Moyenne écart Mean Expo +

RVB 0,83

R 3,38

V 0,83

B 0,77

Moyenne écart Mean Expo -

RVB 4,36

R 4,94

V 4,76

B 3,69

L’écart moyen de Mean est nettement plus important lorsque l’exposition est réduite : il passe de 0,83 en RVB pour l’Expo + à 4,36 en RVB pour l’Expo −. Dans les relevés, le fichier optimisé présente généralement une Moyenne légèrement supérieure, ce qui correspond à un niveau moyen du signal légèrement plus élevé, donc à des tons très légèrement plus clairs après correction. Cette différence reste toutefois peu perceptible.


4.1.3 StdDev

Moy. écart SdtDev Expo +

RVB 0,55

R 0,76

V 0,76

B 1,30

Moy. écart SdtDev Expo -

RVB 3,23

R 0,42

V 0,61

B 0,72

L’écart moyen de StdDev est plus important en sous-exposition pour le canal RVB, avec 3,23 contre 0,55 lorsque l’exposition est augmentée. Dans les relevés, le fichier optimisé présente globalement un StdDev légèrement plus faible, ce qui correspond à une dispersion moindre des valeurs entre les pixels des patches et constitue un indice en faveur d’un bruit légèrement moindre. Les canaux R, V et B présentent toutefois un comportement différent, avec des écarts moyens plus faibles en Expo − qu’en Expo +.


4.2 Curseur Tons clairs (récupération des hautes lumières) -


4.2.1 Lab

Moyenne écart Lab TC-

L 0,25

A 1,30

B 0,55

Les écarts colorimétriques restent faibles dans l’ensemble : le ΔE76 moyen est de 1,56 sur les cinq niveaux de récupération des tons clairs. Les différences sont principalement portées par a*, dont l’écart moyen atteint 1,30, tandis que les écarts restent faibles sur L* (0,25) et b* (0,55). Le ΔE76 moyen reste ainsi inférieur à l’ordre de grandeur de 2,2, associé, dans certaines conditions, à une différence juste perceptible.


4.2.2 Moyenne (Mean)

Moyenne écart Mean TC-

RVB 1,12

R 1,63

V 1,49

B 0,50

Les relevés de Mean montrent des écarts relativement faibles entre les deux fichiers, avec une différence moyenne plus marquée sur le patch White que sur le Neutral 5 et le Black. La moyenne des écarts donne toutefois une vision générale qui dissimule les particularités propres à certains patches et à certains canaux.

Le fichier optimisé présente généralement un niveau moyen légèrement supérieur dans les hautes lumières, mais cet avantage reste faible et ne constitue pas une amélioration générale du niveau tonal.


À l’observation, je constate toutefois un très léger meilleur micro-contraste en faveur du fichier optimisé. Il est possible que cette différence soit liée, au moins en partie, à la meilleure quantification du fichier optimisé, mais cette relation reste ici une hypothèse et ne peut être établie par ces seuls relevés. Cette différence reste par ailleurs peu perceptible à un affichage normal : 3 points de Clarté suffisent à compenser visuellement l’écart.


4.2.3 StdDev

Moy. écart SdtDev Expo TC-

RVB 0,61

R 0,14

V 0,19

B 0,27

Les relevés de StdDev montrent, sur les niveaux de tons clairs testés, des différences variables selon les patches et les canaux. Le fichier optimisé présente souvent un StdDev légèrement inférieur dans les zones où la récupération des hautes lumières est la plus importante, ce qui correspond à une dispersion moindre des valeurs entre les pixels et constitue un indice en faveur d’un bruit légèrement moindre.


Cette tendance n’est toutefois pas uniforme : certains patches ou certains canaux présentent un écart inverse. L’observation visuelle va néanmoins dans le même sens : le fichier optimisé conserve un rendu avec un bruit de luminance moins marqué. Consultez le détail de relevé.


4.3 Curseur Tons foncés (remontée des ombres) +


4.3.1 Lab

Moyenne écart Lab TF+

L 0,10

A 1,25

B 0,70

Les écarts Lab restent faibles sur l’ensemble des cinq niveaux de remontée des tons foncés. Les écarts moyens sont particulièrement faibles sur L* (0,10) et b* (0,70), tandis que a* présente un écart moyen de 1,30.

Le ΔE76 est obtenu pour chaque relevé à partir des écarts L*, a* et b*, puis moyenné sur l’ensemble des relevés. Il atteint ici environ 1,59.

Les écarts sont donc plus marqués sur l’axe a*, mais restent en moyenne sous l’ordre de grandeur de 2,2 associé, dans certaines conditions, à une différence juste perceptible.


4.3.2 Moyenne (Mean)

Moyenne écart Mean TF+

RVB 1,61

R 1,78

V 1,81

B 1,32

L’écart moyen de Mean reste globalement faible sur les trois patches gris, avec une moyenne de 1,61 en RVB sur l’ensemble des cinq niveaux de remontée des tons foncés. Les écarts sont cependant un peu plus marqués sur les canaux R (1,78) et V (1,81) que sur B (1,32).

Dans les relevés, le fichier optimisé présente généralement une Moyenne légèrement supérieure, ce qui correspond à un niveau moyen du signal légèrement plus élevé, donc à des tons très légèrement plus clairs après correction.


Dans les tons sombres, le fichier optimisé apparaît très légèrement plus clair dans l’ensemble. Cette différence est également visible sur les trois patches les plus sombres de la charte, avec une légère variation de clarté et de saturation. Environ +2 points de Saturation suffisent à compenser visuellement l’écart sur ces patches.

Cette différence reste toutefois très faible et ne modifie pas de manière significative le rendu global de l’image.


4.3.3 StdDev

Moy. écart SdtDev Expo TF+

RVB 0,37

R 0,16

V 0,27

B 0,31

L’écart moyen de StdDev reste faible, avec 0,37 en RVB sur l’ensemble des cinq niveaux. Les écarts sont particulièrement faibles sur les canaux R (0,16), V (0,27) et B (0,31).

Dans les relevés, le fichier optimisé présente globalement un StdDev légèrement plus faible, ce qui correspond à une dispersion moindre des valeurs entre les pixels des patches et constitue un indice en faveur d’un bruit légèrement moindre. Cet avantage est cependant plus ou moins marqué selon les patches et les niveaux de correction : sur le Neutral 5, par exemple, l’écart devient parfois légèrement favorable au fichier non optimisé.


4.4 Observation visuelle

À l’observation, je constate un très léger meilleur micro-contraste en faveur du fichier optimisé ; il est possible que cette différence soit liée, au moins en partie, à la meilleure quantification du fichier optimisé, mais cette relation reste ici une hypothèse et ne peut être établie par ces seuls relevés. Cette différence reste par ailleurs peu perceptible à un affichage normal : 3 points de Clarté suffisent à compenser visuellement l’écart.


5. Conclusion finale sur l'optimisation d'exposition


1. Le bénéfice technique en matière de quantification est démontré ; se traduit-il par un bénéfice perceptible réel sur l'image, dans un flux de développement courant ?


2. Lab (couleurs) : bénéfice perceptible présumé de l’optimisation attesté ? Non.


3. Moyenne/Mean (niveau moyen du signal, clarté) : bénéfice perceptible présumé de l’optimisation attesté ? Très léger sur le niveau de clarté des tons sombres ; en termes de modification significative du rendu global, très discret.


4. SdtDev (indicateur bruit) : en pixel-peeping uniquement : le fichier non optimisé affiche un bruit légèrement plus visible. À noter que la réduction manuelle du bruit est à 0 dans le cadre du protocole.


5. Observation visuelle : bénéfice perceptible présumé de l’optimisation attesté ? Dans l’observation fine, sur le micro contraste, en faveur du fichier optimisé. En termes de modification significative du rendu global, très discret.


Cette série de tests permet de distinguer deux réalités :

Au niveau du RAW, le bénéfice de l’exposition optimisée est bien réel : elle permet d’utiliser davantage de niveaux RAW distincts pour représenter le signal. Le gain de quantification est donc objectivement démontré.


Mais lorsqu’on quitte l’échelle du capteur pour celle du photographe et de son image, l’avantage se réduit considérablement. Dans les conditions normales d’affichage, les différences mesurées après développement restent faibles et ne modifient pas significativement le rendu général de l’image.


En résumé

  • une différence visuelle de micro-contraste équivalente à environ 3 points de Clarté ;

  • un bruit légèrement plus visible sur le fichier non optimisé en pixel-peeping uniquement, avec la réduction manuelle du bruit à 0 ;

  • 3 patches couleur visuellement différents, principalement en lien avec la couche L*, sans dérive colorimétrique à proprement parler ; les tons sombres apparaissent également très légèrement plus clairs lors de la remontée des ombres, avec un écart de saturation d’environ 2 points en faveur du fichier optimisé.


Les conditions de prise de vue ont été stabilisées autant que possible, mais la variabilité inhérente au bruit aléatoire et d’éventuelles micro-variations résiduelles justifieraient de reconduire l’expérience plusieurs fois ; c’est pourquoi je fournis le protocole et l’ensemble des relevés afin que chacun puisse la reproduire.


Dans le cadre de ce test et dans les conditions expérimentales retenues, aucun bénéfice photographique nettement significatif de l'optimisation d'exposition n’a été mis en évidence dans un flux de développement courant. Ces conditions ne permettent toutefois pas d’exclure qu’un bénéfice puisse apparaître dans d’autres situations de prise de vue ou de développement.


À ce stade, une exposition nominale (mesure incidente ou réfléchie sur charte 18%) donne donc entière satisfaction pour obtenir un rendu photographique comparable. L’essentiel reste de ne pas sous-exposer.


Loupe révélant une fourmi minuscule, métaphore du pixel-peeping
pixel-peeping

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