• Yann Cabello

Test terrain : Canon EOS R

Mis à jour : 29 déc. 2019

Le contexte

EOS R ©Canon

Voici un retour personnel sur le Canon EOS-R. Je l'ai mis à l'épreuve dans des conditions nettement défavorables, ce qui change un peu des "tests" qui éprouvent les boîtiers dans des conditions bénies, en pseudo basse lumière (lorsque le soleil se couche ou encore en intérieur avec une lumière artificielle certes, mais homogène...) avec un sujet statique, ou encore un sujet en mouvement mais sur la plage avec un soleil d'été...


Mes conditions de test, les Inouïs du printemps de Bourges : 3200 à 12800 ISO, parfois, plus, dans un environnement où la lumière est rare, variable tous les 1/4 de seconde avec des dominantes multiples qui se mélangent bien mal sur un capteur. Des sujets qui bondissent en tout sens. En gros, dans un environnement où chaque décision se fait à grande vitesse et nécessite la plus grande réactivité de la part du boîtier tout autant qu'une excellente ergonomie.


Premières impressions

Le boîtier inspire confiance, contrairement au Canon M50 APS-C qui ressemble plus à un joujou en plastoc, il tient bien en main et ressemble à un DSLR. L'EVF correspond à ce qui se fait de mieux actuellement. J'ai baissé la luminosité d'un cran. En revanche, un constat immédiat, les boutons AF-ON, mémorisation d'exposition (*) et collimateurs sont terriblement mal placés. A l'usage, ce sentiment est confirmé, on risque l'entorse du pouce pour trouver l'AF-ON et il est fréquent de se planter entre le bouton * et le bouton collimateurs...


Le "touch pad" est une nouveauté plutôt pertinente, même si ce dernier est un peu capricieux, il s'avère redoutable lorsque le temps manque pour affûter ses réglages.


En ce qui concerne le déplacement du collimateur, 2 options :

1. via les touches directionnelles.

2. via l'écran tactile, avec le pouce.


Au niveau des caractéristiques du boîtier, il y a plusieurs points qui, dans la niche photographique des arts de la scène, pourront vous agacer :

1. pas d'eye tracking en servo ;

2. pas de rafale silencieuse ;

3. un slot ;

4. une autonomie de batterie anémique, on peut ne pas vouloir traîner un grip tout autant que changer de batterie n'est pas toujours possible ou pratique.


A noter l'apparition du programme d'exposition Fv, qui permet en gros de passer du mode tout auto au mode tout manuel, en passant par les programmes semi-auto. Pour ma part, je trouve ce programme nettement moins réactif que le programme M avec ISO Auto.


Personnalisation des touches

Je shoote en programme d'exposition M, ISO Auto avec correction d'exposition si nécessaire, un programme qui permet de rester ultra réactif (ISO auto) tout en gardant directement la main sur la profondeur de champ et la gestion du mouvement de mon sujet, sans marge au niveau de la sensibilité ISO (comme en programme Av ou Tv) qui représente une dégradation inutile de l'image. Les personnalisations suivantes sont optimisées pour ma pratique, en aucun cas un modèle supposé.


- M-Fn : Dial Func (ISO, acquisition, WB...).

- Touch Pad : slide -> Méthode AF, gauche -> activation eye tracking, droite -> taille zone AF.

- AF-ON : One shot -> Servo.

- * : + roulette avant -> correction d'exposition.

- Collimateurs : toucher/déplacer collimateur (dés/active le déplacement tactile du collimateur).

- Touches directionnelles : déplacement du collimateur.

- Q : collimateur AF au centre


Pour le déplacement du collimateur et dans cette niche photographique, les touches directionnelles ne sont pas un moyen suffisamment rapide pour déplacer le collimateur d'un bout à autre, j'ai donc utilisé l'écran tactile. Il est possible de définir la zone tactile de l'écran (gauche, droite, centre...) selon le pouce que vous utiliserez en fonction de votre oeil viseur ; toutefois, si vous visez de l'oeil gauche vous utiliserez le pouce gauche, le nez faisant obstruction au pouce droit. Et il faut l'avouer, ce n'est pas très pratique de stabiliser le boîtier de la main gauche tout en activant son pouce... En visant de l'oeil droit, tout est plus simple.


Cet EOS R est vraiment personnalisable, on peut tout faire et avec confort, l'oeil dans le viseur.


Sur le terrain

1. Les optiques :

J'ai utilisé des optiques EF avec la bague d'adaptation fournie. Je constate quelques bizarreries : le 24-70 II f/2.8 est plus poussif que sur un DSLR, le 70-200 II f/2.8 identique et le sigma Art 50 mm f/1.4, plus vif. Ceci dit, lorsque le point est acquis, il est tranchant, adieu les back et front focus.


2. Servo :

Je m'empresse de tester la mise au point continue ; dans ces conditions, elle n'est pas très satisfaisante, j'ai un taux significatif de déchets. Mais c'est aussi le cas avec un 1D-X ; quand il n'y a pas de lumière, ou juste clignotante, du "fog" qui ferait passer le Nord Pas-de-Calais pour une région estivale, fatalement, ça galère.


3. Tracking (face et eye detection) :

- Le face tracking n'est pas une flèche, mais il fait son boulot sous une lumière "stable", il faut être un peu plus près que pour Sony. Fonctionne en AF One-Shot et AF Servo (en single shot et en rafale).

- Le eye tracking est une option du face tracking (donc si le face tracking échoue, pas de eye tracking non plus) disponible uniquement en AF One-Shot (en single shot et en rafale). Il fonctionne dans les mêmes conditions que le face tracking et si le sujet a la bonté de ne pas trop bouger tout en présentant un oeil, choses que ne font pas les rockers chevelus.


4. Collimateur :

Dans ces conditions désagréables de lumière, vu la performance du tracking et une mise au point continue (AF Servo) poussive, j'opte ensuite pour le AF One-Shot et le déplacement manuel du collimateur via l'écran tactile. Le taux de déchets chute immédiatement mais...


Force est de constater que le pilotage tactile du collimateur (le "drag") n'est pas commode car il faudrait utiliser uniquement la pointe du pouce pour rester précis, lorsque trop de surface du pouce est en contact, on envoie des ordres multiples et contradictoires.


Il faut donc plier le pouce à angle droit, ce qui réduit considérablement l'amplitude et il devient sportif d'atteindre les collimateurs à gauche ; on retrouve un peu d'amplitude en utilisant le majeur pour déclencher, mais ce n'est pas très naturel ni commode. Le meilleur compromis à mon sens est de placer le collimateur d'un coup de pouce dans la zone que l'on souhaite et d'affiner rapidement avec les touches directionnelles.


En point positif, et chose très étonnante, cet EOS R fait littéralement le point dans le noir au centre et avec une optique lumineuse !


5. Rafale :

La rafale en servo est molle, mais suffisante, il ne s'agit pas de saisir chaque étape du déplacement d'une F1. L'absence de rafale silencieuse est un point rédhibitoire pour qui travaille à l'Opéra (il n'y a pas que du lyrique et des récitals...)


6. EVF :

Ce n'est pas un OVF évidemment, mais honnêtement, je le trouve très agréable. Lorsque l'on active l'anti-flicker, il faut s'attendre à un lag au déclenchement. Pour information, l'anti-flicker interdit également le déclenchement silencieux.


7. Qualité d'image :

Pas de surprise, nous sommes chez Canon, la colorimétrie et les jpg sont très agréables.


Mes réglages jpg pour ces conditions :

- réduction de bruit 1/3. Je préfère le bruit à un lissage excessif.

- correction auto de luminosité (activé en programme manuel) 2/3.

- style d'image "Fidèle" avec la netteté suivante : 4.1.1. J'ajuste le contraste et la saturation en présence de "fog".

- WB auto priorité blanc.

La mesure de lumière est fiable, la montée en ISO, bonne. Les 30 millions de pixels offrent une excellente définition et l'EOS R propose un mode crop (x 1.6) qui transforme un 200 mm en 320 mm pour 18 millions de pixels (même résolution qu'un 1D-X premier du nom, l'autre boîtier que j'utilise conjointement).


La plage dynamique est fonctionnelle, elle présente une marge de travail du fichier RAW satisfaisante (CR3 converti en DNG en attendant la MAJ sur les logiciels de post-traitement) ; avec les pièges de la scène il m'arrive de corriger l'expo à + ou - 1 stop grand maximum, je n'ai pas noté l'apparition de banding. Il doit falloir quand même sacrément foirer la prise de vue pour faire apparaître le banding ou être un peu fainéant et ne faire qu'une exposition là ou 2 seraient nécessaires en situation plus posée. Photographier c'est choisir... faut-il tout montrer ?


8. Vidéo :

Peu testée, je vous renvoie aux caractéristiques du boîtier. YCbCr 4:2:2 non compressé, 8 ou 10 bits, sortie son via HDMI... Le crop 4K, personnellement, je m'en fiche... tant que je peux reculer. Le Canon log fait bien son taf.


9. Devant l'ordi :

On dispose de 2 possibilités wifi pour vider la carte : via Eos Utility ou via Image Transfer Utility 2. J'ai opté pour cette dernière possibilité ; en définissant une fois le dossier cible et les paramètres de préférence (transfert des photo et/ou vidéos, notées ou non...), il suffit d'allumer l'EOS R et le transfert se fait tout seul, j'adore.


Conclusion

Dans de telles conditions, cet EOS R n'est pas une bête de tracking, mais comme les autres au final... L'autonomie de la batterie est anxiogène, le slot unique n'est pas sans risque et l'absence de rafale silencieuse donne envie d'expliquer à Canon que l'une des possibilités uniques du mirrorless, c'est justement le silence... Mais ce qu'il fait bien, il le fait très bien. Pour un usage studio, des scènes cool (récital, jazz...) et du mariage, en gros, il assure. Sans parler des optiques R monstrueuses (au niveau du prix également). Je reste donc sur un sentiment vraiment positif.


Mise à jour 29/12/2019

Après plus d'un an d'utilisation intensive de l'EOS R et de multiples mises à jour, il est important de revenir sur certains points abordés plus haut, aujourd'hui obsolètes.

- MAJ 1.1.0 : le déclenchement silencieux est dorénavant possible en prise de vue continue (rafale) haute vitesse (H), étonnamment, pas en rafale basse vitesse.

- MAJ 1.2.0 : eye-tracking disponible en AF Servo (AF continu) en photo et en vidéo.

- MAJ 1.4.0 : mise à jour considérable du module AF, vidéo des améliorations ici.


Après 14 mois d'utilisation intensive dans les pires conditions de lumière (scène, grotte...), après avoir pris l'habitude du pilotage tactile, après avoir exploité les très nombreuses possibilités de personnalisation, suite aux MAJs très pertinentes, je suis extrêmement satisfait de cet EOS R. Seule ombre au tableau dans ma pratique pour le moins exigeante, l'autonomie des batteries. Mon 1D-X prend de plus en plus souvent la poussière, car même si la rafale est un peu molle pour les habitués du 12 img/s, n'en demeure pas moins que niveau tracking, l'EOS R continue là ou s'arrête mon 1D-X, notamment en basse lumière. Lorsque l'on vient du monde du reflex, la transition peut être aussi rapide que longue selon les résistances et la curiosité de l'utilisateur.

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