• Yann Cabello

Test terrain : Canon EOS R6

Le contexte

Équipé d'un Canon EOS R (test ici) qui me donne une grande satisfaction, quoique qu'aient pu raconter ceux qui ne le possèdent pas, je me suis réjouis à l'annonce du Canon EOS R6 ; propriétaire d'un 1D-X indestructible, il était temps de soulager les cervicales et les tendinites multiples. J'espérais donc pouvoir le remplacer avantageusement par le R6. En préambule, je dirais que n'importe quel appareil photo professionnel sorti cette dernière décennie permet de faire d'excellentes photographies dans d'horribles conditions, que l'on ne devient pas meilleur photographe en achetant le tout nouveau joujou, mais lorsque l'on a une pratique professionnelle contraignante et intensive, la notion de confort est nettement moins facultative. Voici donc un premier retour, après un peu plus d'un mois d'usage.


Premières impressions

Premier constat, le petit écran LCD supérieur a disparu. Aucune importance dès lors que toutes les informations nécessaires apparaissent dans l'EVF, je n'utilise jamais cet écran avec l'EOS-R.


Retour du joystick pour naviguer dans les menus et sélectionner les collimateurs. Je m'étais habitué au touchpad de l'EOS R, mais le joystick demeure un élément plus familier à mon sens. Retour également d'une molette dédiée aux programmes d'exposition, ne passant pas ma vie à en changer, ce retour est anecdotique. Une roue crantée se substitue au pad (croix directionnelle) de l'EOS R. Un double slot carte SD fait son apparition. Honnêtement, dans toute ma carrière, je n'ai jamais eu à compter sur une carte en copie, pourtant je travaille en milieu à risque (festival, concert...), les SD d'aujourd'hui sont d'une extrême fiabilité pour peu qu'on les renouvelle aussi souvent que nécessaire. Au pire, c'est un plus psychologique dirons-nous, ou encore un plus réservé à certains usages d'actualité (RAW / jpg) par exemple. Visiblement, Canon a eu à coeur de satisfaire les vieilles habitudes de ses clients réfractaires pour faciliter le passage au système R.


Les boutons mémorisation d'exposition, collimateurs et surtout AF-ON retrouvent un véritable emplacement tandis qu'ils nichaient dans des endroits improbables pour le pouce sur l'EOS R. C'est un excellent point.


Le boîtier semble petit et ramassé sur lui-même ; dès la prise en main, la préhension est pourtant excellente, la poignée est épaisse et tout tombe naturellement sous les doigts. Il est bien équilibré, également avec un doubleur de focale et un 70-200 mm.


En ce qui concerne la personnalisation des touches, on retrouve toutes les commodités déjà disponibles avec l'EOS R, il est donc naturel de passer d'un boitier à l'autre. Tout est faisable, et cela de façon fluide, l'oeil dans le viseur, ce qui est fondamental lorsque l'on a des fenêtres de décision très brèves telles qu'on les rencontre en reportage.


Les fanatiques des spécifications sur papier auront un argument de moins pour se plaindre d'un boîtier qu'ils ne possèdent pas ; l'IBIS (stabilisation) fait son apparition. En photographie, avec la bague d'adaptation EF vers la monture R, cette fonction s'active uniquement lorsque l'objectif vissé au boîtier ne possède pas sa propre stabilisation. Avec les optiques RF, la stabilisation est double. Pour le moment, cet ajout ne m'a apporté aucun gain réel, je travaille dans les Arts de la Scène, avec une vitesse d'obturation souvent rapide, suffisamment pour ne pas me préoccuper de mon flou de bougé mais je conçois parfaitement l'apport d'une telle technologie pour d'autres besoins.


A l'usage (intensif), la batterie chauffe un peu le socle du boîtier, aucune alerte (qui contrairement à d'autres marques, n'a pas été désactivée pour masquer le phénomène) ou le moindre problème pour autant. La LP-E6NH est un poil moins anémique que la LP-E6N (que l'on peut continuer à utiliser dans le R6), une seconde batterie dans la poche me semble indispensable pour faire taire tout inquiétude.


La rafale en obturation électronique pousse à 20 images par seconde ; on s'approche de la vidéo, pour ma part, je préfère de loin choisir mes déclenchements que des séquences, autant que faire se peut. C'est impressionnant, certes.


Sur le terrain

Là, c'est un festival... Déjà, même en obturation mécanique, le déclenchement est si silencieux que je pourrais presque travailler de la sorte à l'Opéra-Théâtre et éviter certains écueils de l'obturation électronique.


Je ne suis pas quelqu'un de particulièrement élogieux, mais il va être difficile de ne pas passer pour un ambassadeur Canon ; l'autofocus est monstrueux, et si avec le 7III de Sony, pour ne pas le citer, on pouvait déjà nourrir ce sentiment, l'acquisition du point est réelle et tranchante avec ce R6, et cela dans les pires conditions.


Pour avoir shooté pendant 15 jours les mêmes scènes avec un EOS R et un 7III conjointement, j'ai constaté la plus grande vélocité du tracking du Sony ; mais si le collimateur ne lâchait pas ou peu sa cible, l'acquisition acérée du point n'était pas toujours assurée ; à l'inverse, tandis que le tracking de l'EOS R semblait moins bien suivre, il produisait pourtant une MAP plus constante, dans les conditions de la scène.


Quoiqu'il en soit, l'AF de ce R6, notamment le tracking, est un tueur, il m'est impossible de le dire autrement. On retrouve le module de personnalisation AF de la gamme 1D-X. La montée en ISO est ultra propre, en éclairage led et à 25600 ISO, le R6 produit des clichés nettement exploitables, la plage dynamique étendue permet de récupérer des informations dans les tons sombres plus proprement que jamais, le rendu des couleurs est fidèle (pour peu que l'on ne travaille pas en jpg avec un style flatteur), la mesure d'exposition est excellente, la balance des blancs auto est pertinente, elle ne se laisse pas facilement berner par des dominantes multiples, la qualité d'image est très bonne, les menus Canon sont toujours aussi cohérents... En ce qui concerne la vidéo, étant photographe, je n'ai rien à en dire.

Première conclusion

Canon a signé ici un coup de maître, pas une seule fois je n'ai jeté un regard en arrière vers mon très estimé 1D-X. Voici l'outil tout confort que j'attendais en reportage. J'ignore ce que les mises à jour firmware pourront apporter de plus à ce R6, mais il est déjà excellent.